
12 janvier 2007
18h30
médiathèque centrale Emile Zola - 18h30
en partenariat avec la librairie Sauramps.
La Soupe de Kafka est un livre concept unique en son genre. Composé de l6 pastiches littéraires, il présente autant de saynètes sous forme de recettes. Seize textes, seize pastiches de Chandler à Pinter en passant par Gabriel Garcia Marquez, John Steinbeck, Sade ou Virginia Woolf.
Des textes très fins, souvent surprenants et parfois hilarants qui esquissent une histoire complète de la littérature mondiale.
Mark Crick pastiche le style de chaque écrivain, mais aussi les thèmes, obsessions et atmosphères chers à chacun. Ainsi, dans le pastiche de Sade, ce personnage qui prépare des poussins apportés par l'appétissante fille du boucher (qu'il va séquestrer dans le placard) avec un tel appétit sensuel et lubrique qu'on dirait le récit d'un viol. Ou, dans celui de Jane Austen, ces oeufs qui cherchent l'herbe avec laquelle se « marier », le persil serait-il trop commun ? l'estragon un choix plus raffiné ?
Lointain héritage de l'imitatio chère aux Latins, le pastiche est un exercice de style où excellèrent notamment Marcel Proust dans les colonnes du "Figaro" ou Antoine Blondin dans ses chroniques de "L'Équipe". C'est pour l'artiste un jeu profondément libérateur. « Le pastiche est un bal masqué, explique Mark Crick. On arrive déguisé à la fête et on a plus confiance en soi, on ose davantage de choses. »
La belle idée de l'éditeur français est d'avoir fait appel à des traducteurs différents, tous passionnés de l'auteur pastiché : Patrick Raynal, Frédéric Jacques Temple, Patrice de Méritens, Patricia Reznikov, Jean Pavans, ...
Dans "La soupe de Kafka", chaque recette est illustrée par l'auteur avec un faux Matisse, un faux Chirico, un faux Warhol ou un faux Hockney.
Un seul écrivain français a sa place, Marcel Proust, un ancien élève du lycée Condorcet lui aussi. Mark Crick aurait pu en contrefaire bien d'autres, de Racine à Jean-Paul Sartre. Ce dernier aura peut-être une place dans le prochain livre de notre ami anglais, plus spécialement dédié à la philosophie. « Au début, j'avais pensé à un manuel de bricolage où Wittgenstein expliquerait comment entretenir sa voiture et Jules César comment monter une étagère. Mais je suis revenu vers la cuisine. Je trouve qu'une recette est la métaphore parfaite pour faire mijoter les ingrédients d'un écrivain ou d'un penseur. »
Mark Crick a fait des études de lettres françaises au lycée Condorcet et de littérature anglaise et comparée à l'Université de Warwick. Grand lecteur depuis toujours, il est photographe et dessinateur de son état. Il voyage partout dans le monde pour des reportages. "La Soupe de Kafka" est son premier livre. Il travaille actuellement à un deuxième volume de pastiches.
La grande comédienne Françoise Fabian s'est régalée des pastiches de "La Soupe de Kafka".
Née en Algérie, elle a retracé son parcours dans sa récente autobiographie "Le temps et rien d'autre".
« La multiplicité et le métissage des rôles, au fil du temps, firent de moi une actrice que l'on dit inclassable, passant de Maud à Agrippine, de La Bonne Année à Gigi, de la pure Aurore qui aimait Raphaël le débauché à la malheureuse Madame Jackson, de la lectrice cultivée de L'Homme du hasard, à la bourgeoise mondaine du Nouveau Testament. J'ai été l'interprète de Feydeau, de Racine, d'Éric Rohmer, j'ai servi Jean Poiret, Euripide, Goldoni, Pinter, Molière et Ettore Scola. Ces rôles représentent le chemin de ma liberté, comme l'entendait Robert Bresson, auquel un journaliste demanda un jour : " Pourquoi faites-vous du cinéma ? ", et qui répondit : " Pour vivre. "
En effet, pour vivre, dans tous les sens du mot, j'ai accepté des pièces et des films, j'en ai refusé bien d'autres parce que j'avais mieux à faire. Le temps est passé sans que jamais l'ennui ne me terrasse. Je me suis passionnée pour ma vie et dans mon métier ; je les ai aimés et j'y ai souffert.
L'amertume ne m'a pas atteinte et, si je regarde en arrière, je suis sans regret. »
Françoise Fabian évoque aussi les hommes de sa vie, Jacques Becker et Marcel Bozzuffi. Elle parle de ses rencontres avec des personnages remarquables, comme Louis-Ferdinand Céline, Pierre Lazareff ou Eric von Stroheim. Et ces mémoires s'accompagnent de réflexions sur le métier de comédienne, elle qui a travaillé avec les plus grands, au théâtre et au cinéma.