Après plus d’un an et demi de travaux, l’hôtel de Cabrières Sabatier d’Espeyran, futur département des Arts décoratifs du musée Fabre de Montpellier Agglomération ouvrira ses portes au public début 2010. Les décors immergeront les visiteurs dans un hôtel particulier refait à l’identique évoquant les modes de vie de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie de l’époque.
Un hôtel particulier refait à l'identique du mode de vie de la société montpelliéraine du XVIIIe et XIXeL'ensemble des pièces qui seront exposées dans l'hôtel Sabatier d'Espeyran, département des arts décoratif du musée Fabre de Montpellier Agglomération, est un support d'étude considérable. En effet, les objets et le mobilier sont présentés dans leur contexte d'époque, ce qui permet d'étudier les us et coutumes de la vie bourgeoise montpelliéraine au XIXe siècle. Plusieurs éléments créent un rapport privilégié avec les oeuvres d'origine grâce notamment aux restaurations importantes et à la mise en scène de period room qui redonnent toute leur authenticité au lieu. Le visiteur pénètre les appartements d'une famille ; il peut imaginer les rituels de la vie du XIXe siècle et créer une relation intimiste au lieu. Par exemple, la distinction des circulations des domestiques et des maîtres amène le visiteur à s'engager dans les étroits couloirs de service pour enfin resurgir dans les salons d'apparat dont la splendeur n'éblouit que davantage. L'hôtel s'inscrit dans la géographie familiale et historique des Sabatier d'Espeyran, avec l'hôtel de Lunas à Montpellier et le château d'Espeyran à Saint- Gilles du Gard. Ces différentes demeures reflètent les modes de vie des familles aristocratiques et bourgeoises des XVIIIe et XIXe siècles qui possédaient souvent une résidence en ville et une seconde demeure à la campagne.
Un parcours muséographique, florilège de la production des XVIII e et XIXe sièclesLa collection réunie au musée Fabre de Montpellier Agglomération au fil des années constitue aujourd'hui l'un des plus importants ensembles des Arts décoratifs français, mais aussi européen. Le décor d'origine de l'hôtel est partiellement préservé puis remis en état. L'aménagement de salles d'ambiance dites period room plonge le public dans l'atmosphère feutrée des salons de l'époque. De riches tapisseries, mais aussi des objets d'art, portraits, et meubles luxueux servent de décor à ce voyage dans l'histoire des familles aristocratiques des XVIIIe et XIXe siècles.
Rez-de-chaussée : collection de céramiques et pièces d'orfèvrerieLa collection de céramiques constituait à l'origine le noyau du fonds de la collection
des Arts décoratifs. La céramique est une tradition montpelliéraine très ancienne
qui trouve aujourd'hui un cadre d'exposition à la hauteur de son savoir-faire. Cette
collection comprend de nombreuses pièces de faïence et de porcelaine, ainsi que des
pièces d'orfèvrerie dont les objets acquis lors de la vente de la collection Thuile par
Montpellier Agglomération en 2007. La faïence provient en outre de grands centres
de production comme les fabriques de Moustiers, Marseille, la manufacture Hannong
à Strasbourg, mais aussi de l'étranger avec Delft en Hollande, Alcora en Espagne et
Savone en Italie.
1er étage : un cadre de vie sous la IIIe République conservéOn accède au premier étage en empruntant le grand escalier d'honneur. Dans les
premiers espaces, le vestibule et l'antichambre sont présentés plusieurs visages de la
famille de Cabrières-Sabatier d'Espeyran : le buste de Caroline Ungherer-Sabatier
par Lorenzo Bartolini, le buste du Cardinal de Cabrières par Jean-Antoine Injalbert,
ou encore celui du Baron Creuzé de Lesser par Auguste Baussan. Le premier étage
se compose notamment de deux salons respectivement nommés Salon rouge et Salon
vert. Ces deux salles qui forment le coeur de l'hôtel, ont conservé leur décor d'origine.
Un important travail de restauration a permis une fidèle reconstitution de ces
ensembles. Le Salon vert, le Salon rouge et la Salle à manger constituent les pièces de réception de la demeure. Elles restituent la splendeur des salons d'apparat avec toute l'atmosphère de la fin du Second Empire et de la Troisième République, évoquant ainsi toute une tranche de l'histoire artistique et sociale de Montpellier. Le Salon
rouge est représentatif du goût de l'époque pour les damas et brocatelles de couleur vive dans la garniture des sièges capitonnés et les revêtements muraux qui révèlent le triomphe de l'art des tapissiers. La tendance est également à la polychromie et à la dorure comme en témoigne le mobilier du Salon vert. Ce salon est aussi significatif d'une propension à l'abondance et au faste.
Les meubles sont en effet richement décorés et forment un ensemble caractéristique
de l'éclectisme du XIXe siècle entre bois laqué noir et ornements dorés. On retiendra
aussi un piano-forte en acajou, pièce rare et particulièrement bien conservée ici.
2e étage : décor, mobilier et objet d'art du XVIIIe siècleAu deuxième étage, l'espace sera dévolu aux Arts décoratifs du XVIIIe siècle. Grâce à une remarquable collection de mobiliers ; les salles reconstituent des ensembles cohérents stylistiquement et chronologiquement. Ouverte sur le vestibule, l'antichambre évoque l'époque Régence avec un ensemble de mobilier et tableaux où est sensible le passage des modèles somptuaires et majestueux créés sous le règne Louis XIV aux lignes plus souples et élégantes du début du XVIIIe siècle. Une commode en arbalète, chef-d'oeuvre du legs Rouayroux, vient compléter cet ensemble précieux marquant les origines de la grande ébénisterie française. Le règne de Louis XV et le style Rocaille président à l'aménagement du salon d'angle : grâce aux pièces maîtresses de la collection que sont la commode de l'ébéniste Adrien Delorme, le régulateur de parquet de l'horloger Baillon ou le buste d'homme d'Augustin Pajou, on pourra découvrir l'univers intimiste des salons du XVIIIe siècle. Sculptés par le ciseau virtuose de l'ébéniste, les meubles d'agrément, mobiles et légers permettent une plus grande souplesse dans l'agencement des pièces. Le mobilier en bois doré de la chambre avec son imposant lit à la polonaise, sa suite de fauteuils aux Fables de La Fontaine et ses tentures mettent en avant l'art des lissiers dont les tapisseries magnifièrent les grands décors d'apparat des demeures princières. C'est aussi le passage des formes mouvementées du style Rocaille à la stricte architecture des créations du règne de Louis XVI qui y est abordé grâce à plusieurs meubles Transition, âge d'or des tabletiers marqueteurs. Le cabinet de travail clôture le parcours : le néoclassicisme y règne en maître ; la rigueur et l'élégance des lignes de la console de Birkel ou du bureau à cylindre de l'ébéniste Bury - meuble emblématique de la fin du XVIIIe - sont des modèles exemplaires de ce style que l'on disait « à la grecque ». C'est aussi un ensemble remarquable de grands bronzes ornementaux qui agrémentent cette pièce. Enfin, les tableaux et les céramiques antiques mises en situation évoquent l'univers des collectionneurs qui tels Fabre et
Valedau présidèrent à la création du musée Fabre.