Pendant que le Musée national d’art moderne présente au Centre Pompidou, à Paris, une grande rétrospective consacrée à Pierre Soulages et tout juste quelques semaines après l’exposition de son oeuvre sur papier à Strasbourg, l’artiste a choisi le musée Fabre pour présenter, pour la première fois en France, ses travaux préparatoires à la réalisation des vitraux de Conques.
Archives Jean-Dominique Fleury © ADAGP 2010
1. Exposition Soulages, Verre Cartons des vitraux de ConquesDu 13 février au 2 mai 2010 au musée Fabre de Montpellier AgglomérationCe grand artiste a déjà très largement témoigné de « l'amour » qu'il porte au musée Fabre, notamment au travers de la donation que son épouse Colette et lui-même ont consentie en 2005 à la Communauté d'Agglomération de Montpellier : un ensemble unique au monde de vingt toiles, accompagné de neuf dépôts, présenté depuis la réouverture du musée en 2007 dans deux salles qui lui sont dédiées.
"J'ai souhaité présenter cette exposition à Montpellier pour plusieurs raisons. Tout d'abord j'aime Montpellier et j'aime ce musée. Il y a ici un exemple de mon travail presque depuis les débuts jusqu'aux toutes dernières oeuvres. Le musée Fabre est le seul à posséder un ensemble aussi complet, parfaitement éclairé. La deuxième raison, c'est qu'il y a quelque chose qui est en train de se créer entre Conques et Montpellier, en passant par Rodez qui va aussi accueillir un musée qui présentera notamment mes travaux sur la lumière à Conques, liés au noir lumière, à la recherche d'une lumière très particulière." Pierre Soulages.
Montpellier, Conques, Rodez, une histoire qui crée des liensOriginaire de Rodez, Pierre Soulages aura dès 2012 un musée consacré à son oeuvre dans sa ville natale. Les pièces présentées aujourd'hui au musée Fabre dévoilent, pour la première fois, une partie de la donation que l'artiste destine à l'Agglomération de Rodez : les travaux préparatoires aux vitraux de Conques. C'est donc naturellement que l'histoire et l'oeuvre de Pierre Soulages créent un lien entre Montpellier, Conques et Rodez. Un parcours Soulages se met ainsi en place et la collaboration qui émerge aujourd'hui se traduira par des échanges culturels riches entre ces trois pôles où son oeuvre sera bientôt répartie.
2. Une exposition « documentaire », témoin de la place centrale de la lumière dans l'oeuvre de l'artisteL'exposition Soulages, Verre Cartons des vitraux de Conques, présentée dans la cour Germaine Richier à l'entrée des collections permanentes du musée Fabre, expose pour la première fois le travail de recherche de Pierre Soulages, de 1986 à 1994, pour la réalisation exceptionnelle des 104 vitraux de l'abbatiale de Conques.
Des travaux présentés au public pour la première fois en FranceUne sélection de cartons réalisés pour les vitraux de l'église abbatiale de Conques, récemment donnés à la Communauté d'Agglomération du Grand Rodez, est présentée. Aux côtés d'échantillons de verre, de vues d'architecture et de photos
grandeur nature des baies prises par Vincent Cunillère à différentes périodes et heures de la journée, de photos de l'artiste au travail, ils permettent de découvrir la démarche entreprise par l'artiste pour cette réalisation. à rebours de tout ce qui avait été conçu jusque-là, il a en effet d'abord mis au point un nouveau matériau, un verre unique, adapté à ses recherches sur la lumière. Cette démarche, faite d'intuitions, de tâtonnements, d'expériences, est similaire à celle du chercheur en sciences. Elle est également fidèle à sa démarche de peintre.
Ces oeuvres préparatoires, datant de la fin des années 1980, s'inscrivent dans la lignée des recherches menées par l'artiste à partir de 1979 autour de « l'outrenoir ».
Cette exposition « documentaire » permet ainsi de mieux comprendre la place de la lumière dans ses oeuvres. La recherche de la lumière étant une quête fondamentale dans le travail de l'artiste, des premières toiles, où la clarté est parcimonieusement distribuée, à l'émergence des « outrenoirs », dans lesquels le rayonnement lumineux
joue un rôle essentiel.
Création d'un verre « blanc »"Je ne voulais pas de vitraux qui soient des sortes de peintures vues par transparence,transformant et même occultant les couleurs naturelles de l'architecture.Ma recherche a donc porté sur un verre incolore, dit blanc, translucide et non transparent, respectant les variations de la lumière naturelle. A la transparence qui permet à la fois au regard et à la lumière de passer, j'ai préféré la transmission diffuse, pour plusieurs raisons :- d'une part, elle efface totalement la vue de l'extérieur et fait de l'édifice un lieuclos, protégé de toute distraction, ce qui me paraît nécessaire à tous points de vue ;- d'autre part, elle permet aux fenêtres d'apparaître comme une surface continuantles murs, ne les trouant pas comme le fait la transparence.Avec cette dernière, même brouillée par des verres dits antiques, on peut devinerl'extérieur.Les grains de verre sont obtenus en versant du verre en fusion dans un liquide froid ; il éclate alors en milliers de petits fragments. Ils sont alors sélectionnés avec des tamis spéciaux et rassemblés selon leur grosseur.A une haute température très précisément contrôlée, les éclats de verre s'agglomèrentet se dévitrifient partiellement. Les gros grains laissent passer plus de lumière, les petits, plus denses, rendent le verre plus opaque. Les modulations lumineuses sont fonction de la répartition des éclats de verre dans le moule.C'est ensuite à Saint-Gobain Recherche à Aubervilliers, et avec l'aide attentive de spécialistes, que j'ai pu établir avec précision, en fonction des diverses transluciditésrecherchées, les températures, le calibrage, les compositions de verre, le type de four, etc. Le résultat est fait d'une masse cellulaire de verre qui a ses propres caractéristiques : résistance à la flexion, à la compression, etc.C'est un verre qui module la lumière, cache toute vue de l'extérieur, continue les murs et est émetteur de clarté. Il répond aux buts poursuivis.Pour répandre les grains dans le moule, j'ai dû mettre au point des outils, racles, guides, pour répartir les grains selon des plans plus ou moins inclinés, provoquant selon la pente des transitions plus dures ou plus douces entre les zones de gros ou de petits grains, c'est-à-dire le passage d'une forte intensité lumineuse à une plus faible.Les grands volumes de verre, épais de 8 mm, ainsi obtenus seront découpés suivant les formes définies par les plombs dessinés sur le carton. Ces morceaux seront ensuite sertis dans les plombs et soutenus par les barlotières, ils constituent le vitrail.Les verriers Jean-Dominique Fleury et Eric Savalli se sont entièrement investis dans ce travail, qui était aussi une aventure, avec leur sensibilité, leur intelligence artistique du projet et tout leur grand savoir-faire."